LE VERRE DURALEX

Objet culte

Objet marquant des décennies 1960-1970, le verre ou le gobelet Duralex, inventé par Saint-Gobain, est une aventure commune à des millions de Français. Il a marqué des générations d’enfants. Incontournable des la verrerie ménagère, ces verre, dont le nom est dérivé d’une locution latine, sont des objets cultes comme la 2 CV de Citroën, le Frigidaire ou la 103 SP.

D’abord levons le voile sur le chiffre inscrit au fond du verre. Il était un peu comme un numéro de loterie. Beaucoup pensaient qu’il indiquait un âge, une position, une chance … «Tu as quel âge ? », « J'en ai 7, et toi ?». Il pouvait tout aussi bien nous donner un ordre, une place, … Le petit jeu a passionné des générations d'écoliers à l'heure de la cantine, entre l’entrée et la saucisse purée. En fait ce « chiffre fétiche » n’est que le numéro du moule ayant servi à la fabrication du verre. Un simple numéro technique et voilà un mythe qui s’écroule !

Avant de songer à investir la vaisselle incassable, Saint-Gobain se préoccupait de sécurité routière. Avant la Seconde Guerre mondiale, pour les vitres des automobiles, ses chercheurs mirent au point un verre trempé. Voilà le genre d'expérience exécutée dans le laboratoire de la compagnie : on laissait tomber une boule en acier de 1 kilo d'une hauteur de 1,50 mètre sur une glace en verre trempé. Cette dernière résistait au choc tandis qu'une glace ordinaire soumise au même traitement volait en éclats. Combien de séances de casse a-t-il fallu avant d’homologuer le verre de table ?

Saint-Gobain se lance dans la vaisselle. La marque Duralex est déposée le 6 juin 1945 pour «objets en verre pour usage culinaire, notamment en verre trempé». Son berceau sera l'usine de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret) tout près d’Orléans, en 1946. A la queue leu leu sur le tapis roulant, des colonnes de verres et gobelets se dirigent vers le conditionnement en cartons. L'usine en produit 164 000 chaque année. En 1970, on a compté jusqu'à 1 500 personnes, dont 1 300 ouvriers.

La publicité proposait : «Quatre essais incroyables : utilisez-le comme un marteau, laissez-le tomber, tapez dessus, faites-le passer de la glace à l'eau bouillante.». Robuste, lorsque, malgré tout, il arrivait à se briser, il explosait en une galaxie de petits morceaux qui, selon les anciens, étaient moins dangereux et plus faciles à balayer.

La pub fonctionne bien ! Les verres Duralex font des ravages. Les économes des écoles ont passé commande de milliers d'unités en espérant que la casse serait limitée car il est donné comme incassable. Les anciens racontent même qu’en 1956, les joueurs du Réal Madrid venus disputer la Coupe d'Europe au Parc des Princes, décident, avant toute chose, d'aller acheter de la vaisselle Duralex (Les Duralex expliquent dans leur journal que grâce à leurs verres le Réal gagna 4-3)

Dans les années 70, il s'en vend dans près de 120 pays. Le Duralex est estampillé «Made in France».

Puis la grande époque s’achève. L'usine n’emploie plus que 226 salariés et paraît presque vide. En 1997, Saint-Gobain revend l'activité qui lui avait tant rapporté à Bormioli Rocco e Figlio. Celui-ci va s'en défaire en novembre 2004. Moins d'un an plus tard, en juin 2005, Duralex International France dépose le bilan. C’est Solmaz, un grossiste turc de 38 ans et premier client, qui croit au potentiel identitaire de la marque et la rachète.

Vive les Verres Duralex !


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